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Vies d’expat: Nosy – Aspères, France

Dès sa naissance la vie lui promettait un destin qui la conduirait à s’exister sur les routes.

Nosy est née à Moscou de parents malgaches. Ils y faisaient alors leurs études. Il faut savoir qu’à l’époque Madagascar avait des accords très forts avec l’ex-URSS et que beaucoup de malgaches y sont partis étudier. C’est donc à l’âge de 3 ans que Nosy est arrivée à Madagascar, dans la ville de Tananarive.

Elle a fait toute sa scolarité en école française et a obtenu son Bac au Lycée Français de Tananarive. C’est d’ailleurs là que nous nous sommes connues : nous avons été dans la même classe. Cela avait toujours été le souhait de ses parents qu’elle parte faire ses études supérieures à l’étranger. Le choix a été fixé sur la France car c’est ce qui lui semblait le plus cohérent avec son parcours scolaire. Et elle a été prise à Nîmes dans un IUT.

« Tout le monde était super content pour moi et me répétait que c’était une merveilleuse opportunité. Mais au fond moi j’étais terrorisée ! Je me souviens que j’avais croisé une ancienne maîtresse et combien cela m’a fait du bien quand finalement j’ai osé lui partager mes peurs. Elle m’a beaucoup rassurée et m’a expliqué que c’était normal d’avoir peur et que n’importe qui dans mon cas, ressentirait la même chose ».

Nosy était très heureuse de ce départ : « ça sentait bon la liberté même si j’avais les tripes nouées ». Une famille, faisant partie des connaissances de ses parents, l’a aidée à prendre ses marques en attendant l’obtention d’une chambre en Cité U.

C’est la première fois qu’elle quittait son pays, elle n’avait donc jamais mis les pieds en France et arrivée à Roissy elle apprit qu’une tornade avait sévi à Montpellier et que son vol en transit avait été annulé. Elle devait donc récupérer ses bagages et se rendre à Orly pour y prendre un avion ayant Nîmes pour destination. Déterminée, mais la peur au ventre quand même, Nosy a réussi à prendre ce deuxième avion sans trop d’encombres. Elle a fini par craquer dans l’avion quand elle a entendu deux hôtesses se dire que peut-être ils devraient finalement atterrir à Perpignan. « Je ne savais même pas où c’était Perpignan et quand on m’a dit que c’était à 4h de Nîmes je me suis effondrée ! ». Mais fort heureusement l’avion a pu atterrir à Nîmes. Elle a découvert Montpellier dans l’après-midi. La ville avait été bien abîmée par cette fameuse tornade. « Mais c’est tout le temps comme ça ?! » a-t-elle demandé inquiète.

Et puis les études ont commencé, et avec sont venus les premiers copains. Certains anciens du Lycée Français de Tananarive étaient dans le même IUT qu’elle, ou encore à la Fac à Montpellier. Les choses se sont faites très simplement, très naturellement. En écoutant Nosy je suis assez impressionnée par cette facilité et la fluidité qui émanent de son discours quand elle raconte cette partie de sa vie. Et pour l’avoir vécu moi-même je sais que ce n’est pas facile. Ce dont je lui ai fait part, et elle m’a dit :

« Tu sais, j’ai trouvé ça très simple de m’intégrer en fait, c’est peut-être dans ma nature, mais je ne me suis jamais sentie différente, moi, je n’ai pas vécu de difficultés liées à ça, je me suis tout de suite sentie bien en France. J’ai certainement eu des remarques désagréables ou des réactions négatives de personnes malveillantes, mais ça me passait au-dessus, je n’y ai jamais prêté aucune attention. Moi j’étais là pour prendre le bon ! ».

Je lui demande si c’était une volonté définie chez elle de rester en France ou si elle projetait aussi de rentrer à Madagascar un jour ? Elle me répond : « Je sais pas trop… mon père souhaitait me voirm’installer en France après mes études, ma mère ne se positionnait pas particulièrement. Et moi je n’étais pas vraiment décidée. En fait la boîte où j’avais fait mon stage de fin d’études m’a proposé un contrat derrière. C’est ce qui a guidé ma voie. Et puis j’ai connu mon mari pendant mes études et c’est très naturellement que nous nous sommes installés ensemble quand on a commencé à travailler. Aujourd’hui nous avons deux enfants : Samuel qui a 9 ans et Gabriel 6 ans. ».

La famille vit dans un petit village de 500 âmes dans le sud de la France entre Montpellier et Nîmes. Les garçons grandissent dans la multiculturalité et le métissage. Ils l’assument très bien, le dernier est particulièrement fier de ce petit plus. C’est finalement plus pour Nosy que c’est compliqué parfois : « Élever des petits métisses, ce n’est pas facile. Je leur apporte comme je peux ma culture mais les choses ne sont pas fluides… Parler le malgache, c’est dur et finalement ils n’en connaissent que quelques mots… »

La transmission de sa culture à ses enfants lui pose question: «Ce n’est pas évident d’être seule à parler malgache, ils le parlent très peu. Si on était tous les deux malgaches mon mari et moi, ce serait plus facile mais là, ce n’est pas fluide… je leur apporte comme je peux des touches par-ci par-là. Je me demande quelquefois, comment cela aurait été si j’avais fait ma vie avec un malgache… la culture serait beaucoup plus prégnante. Mais pour les enfants ce n’est pas un sujet compliqué. Ils sont bien ici et quand on va à Madagascar, ils adorent. Ils ne se posent pas de questions, les enfants ici ou là-bas jouent aux mêmes jeux, et ils se débrouillent pour se comprendre. Grâce à internet ils ont pu développer une très belle relation pleine de bienveillance et de complicité avec leurs grands-parents maternels. Au final, ils ne se rendent pas trop compte de la distance, car ils se parlent toutes les semaines par Skype. La seule différence avec les autres grands-parents c’est que pour se voir il faut prendre un avion. »

Je lui demande si elle aimerait habiter à Madagascar maintenant. Elle me répond que son mari ne se voit pas y vivre, mais qu’elle aimerait avoir la liberté d’y aller plus souvent, de profiter un peu plus de ses parents qui vieillissent. C’est d’ailleurs ce qui lui manque le plus dans ce choix d’expatriation : la famille.

Au final, dans tout cela, ce qui aura été compliqué c’est la partie administrative. La difficulté à faire évoluer le statut de son visa a été un vrai parcours du combattant. Aujourd’hui elle est naturalisée, et même si cela n’était pas sa volonté première, elle en est heureuse: « je ne suis plus juste une française de cœur, je suis Française tout simplement ». Mais si elle reste avant tout malgache à 100%, Nosy se revendique surtout multiculturelle et précise que ce n’est pas toujours évident de vivre entre deux cultures.

 Par moment j’ai l’impression d’être déracinée

« et je pense que ce qui m’a permis de m’enraciner ici, c’est d’avoir su me nourrir de tout ce qu’il y a de bon. Je pense qu’il faut prendre la culture du pays comme elle est, avec ce qui nous convient et ce qui nous convient le moins. Il faut se faire confiance et laisser faire les choses, ne pas se crisper sur certains aspects. Il y a du bon dans toute culture alors il faut prendre ça et profiter de l’expérience. Si aujourd’hui je devais vivre dans mon pays d’origine, à Madagascar, ce ne serait pas naturel au début, il me faudrait apprendre à y vivre. En fait je me suis transplantée ici, c’était nécessaire. Ça demande des efforts et de l’énergie. Je sais que je devrais une fois encore faire tout ce travail pour faire à nouveau pousser mes racines ».

Je lui demande: Et aujourd’hui qu’est ce qui te ramène chez toi ? 

Elle me répond du tac au tac : La musique de mon pays! Et si elle devait choisir un titre ce serait Mahaleoou le Salegy de Jaojoby. « C’est toute mon enfance ! Alors quand je ne suis pas bien, je m’isole et je l’écoute. Ça m’apaise et je me sens bien. Je suis là-bas ! C’est marrant comme la musique a le pouvoir de me faire sentir chez moi… tu te souviens des Telenovelas qui passaient à la télé locale ? Des fois, j’écoute les génériques sur YouTube (elle rit) … le générique de Marimar, c’est ma madeleine de Proust! ».

Crédit photo : Sergey Zhesterev

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