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Vies d’expat : Anthony – Riyad, Arabie Saoudite

Quand j’ai sollicité Anthony pour qu’il me parle de son expérience, je pensais que nous allions parler Hôtellerie de Luxe et Asie. Il a fait ses premiers pas en Chine en 2000 et aux dernières nouvelles il était à Macao. A ma connaissance Anthony a vécu en Thaïlande, à Sanya, à Tokyo, à Pékin … et j’en oublie peut-être. Son épouse est chinoise et ils ont eu deux belles petites filles.

Mais ce qui est chouette dans l’expatriation c’est que tous les plans peuvent être revus, et une nouvelle opportunité peut tout changer. C’est le cas d’Anthony qui a décidé de relever le grand défi de rejoindre une équipe sur un projet de développement touristique en Arabie Saoudite axé sur le bien-être, la vie saine et la méditation. Ils souhaitent ainsi créer un tout nouveau concept de tourisme de luxe face à la mer rouge. Je l’ignorais mais l’Arabie Saoudite est en train de s’ouvrir au monde extérieur et prend un tournant décisif.

Anthony m’a expliqué : « l’Arabie Saoudite est une monarchie et le prince héritier, Mohammed ben Salmane, qui a été couronné il y a quelques années, a une forte volonté de changement et d’évolution qui passe par des réformes. L’économie locale est dépendante du pétrole qui, comme tout le monde sait, n’est pas durable. Donc le pays a décidé de se diversifier avec le tourisme et les nouvelles technologies. Depuis des visas touristiques sont maintenant délivrés et des projets de développement d’infrastructures voient le jour. »

Anthony travaille pour Amaala : « le projet est extraordinaire par la taille et l’emplacement est unique car c’est un site vierge. Mon rôle dans la conception de ce projet est de développer l’offre restauration, les concepts et les partenariats de façon à avoir une offre riche, accueillante, attractive pour donner envie de venir ici en Arabie Saoudite et découvrir ce complexe hôtelier hors normes ».

Je suis curieuse d’en savoir plus sur sa vie à Riyad. En tant que femme je ne suis forcément pas du tout emballée par cette destination régie par la Charia qui donne les règles de vie dictées par l’Islam. Et les femmes n’y ont à ma connaissance quasiment aucun droit.

« C’est justement ce qui est en train de changer, me dit Anthony. Les femmes ont de plus en plus de droits maintenant : ne pas porter le voile, conduire une voiture, elles peuvent désormais sortir de chez elle mais aussi sortir du pays sans la permission d’un homme… Tu sais avant il y a avait toujours deux accès pour les bâtiments accueillant des gens : celui pour les hommes seuls et celui pour les familles. La ségrégation est interdite maintenant. Il y a encore des bâtiments où tu vois ces deux entrées. Et puis maintenant il y a des cinémas, les rassemblements sont autorisés, y’a même un festival qui a été organisé ! Ça parait peu pour nous occidentaux mais ici c’est déjà énorme. Il faut te dire qu’avant y’avait une police dans les rues pour s’assurer que la charia était bien appliquée, et elle était équipée de matraques… si t’étais pas à la prière, si t’étais en short, si t’étais pas voilée, si tu portais un tee-shirt avec un message insultant… Les choses changent et dans le bon sens ! Et moi je suis témoin de ça.»

Puis nous parlons de son mode de vie sur place : « Les expats sont majoritairement logés dans ce qu’on appelle les Compounds : ce sont des camps complètement fermés avec des villas et des appartements où sont logés les expatriés. On a un club house, une piscine, une salle de gym… plein de facilités et surtout ici on peut vivre quasiment à l’occidentale, les mœurs et normes locale ne s’y appliquant pas. C’est la façon dont le pays s’est adapté face à la nécessité d’employer de la main d’œuvre étrangère. Et même si le régime s’est relaxé aujourd’hui dans l’imposition de ses lois c’est encore dans les compounds que la vie sociale se passe surtout. C’est vrai que ce n’est pas un pays facile, je ne me serai pas vu venir en famille, ça aurait été plus difficile : la ville manque encore d’infrastructure, on voit que le développement n’as jamais été la priorité dans la ville. Et du coup la vie s’oriente autour des compounds. Pour ma part je travaille avec des expats mais aussi avec des locaux, et je m’entends très bien avec un de mes collègues saoudien. Il a étudié aux US, il a un esprit très ouvert et on passe pas mal de temps ensemble. Le week-end on va se faire une bouffe ou se boire un café… enfin ici y a pas énormément de choses auxquelles se rattacher alors je vais quand même pas vivre enfermé sur moi-même à faire mes heures de travail et passer mes soirées devant Netflix.

Il faut savoir se bouger, si tu restes cloîtré tu deviens fou!

Donc je me suis dit que j’allais faire des connaissances, comprendre la culture locale, surtout en ce moment avec les mœurs qui évoluent. C’est incroyable d’être témoin de ça. Ici les jeunes sont très ouverts, ils voyagent, ils voient d’autres façons d’exister et ça les attire. C’est l’occasion pour moi de m’ouvrir sur une culture que je ne connaissais pas du tout et qu’on a tendance à stigmatiser entre le terrorisme et l’lslam. La culture est forte ici et il faut respecter ça. Elle ne m’est pas imposée mais je dois la respecter, et je trouve ça normal. »

« Je ne sais pas combien de temps je vais rester ici, mais j’espère contribuer le maximum et voir le plus possible ce projet prendre forme. Voir en vrai ce que je vois sur papier ! Parce que c’est assez incroyable ce qu’ils projettent : on a 3 sites à développer et rien que le premier fait 12 km de long. Il y aura des hôtels bien sûr, mais aussi des marinas, des golfs, des centres de bien être, du polo, un musée marin dont une partie est consacrée à la conservation marine avec une équipe en charge des espèces rares et menacés, une ferme Bio pour fournir les restaurants… et tout est autour de l’art. J’ai très envie de voir ça sortir de terre et contribuer au développement de ce pays qui prend une direction complètement nouvelle ! Me dire que je suis aujourd’hui dans un pays qui est en train de changer : je pense que c’est une chance unique ! » ».

Pour finir je lui demande qu’est ce qui aujourd’hui lui permet de se sentir chez lui dans ce nouvel environnement ?

« Ce qui me donne ce sentiment d’être chez moi c’est très simplement de faire mes courses et de prendre du temps pour me faire à manger. Je passe du temps à cuisiner et c’est quelque chose que j’apprécie. Ce qui me branche c’est d’essayer des trucs nouveaux. J’ai de la chance j’ai une grande cuisine ouverte, d’ailleurs ça a été mon critère de sélection pour mon logement. »

Crédit photo : Jeff Jewiss

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